« Depuis les premiers trocs et la création de la monnaie, l’argent, au-delà de sa valeur symbolique, se chargea d’une véritable puissance magique. Cette puissance, manipulée et alimentée par un groupe d’individus vénérant Mammon, Prince des Enfers et de la Cupidité, est aujourd’hui au fait de sa gloire. Le premier krack boursier de 1929, le premier choc pétrolier de 1974, la crise bancaire de 2008… Autant d’événements qui furent orchestrés par les serviteurs du Démon pour régenter en sous-main l’humanité. C’est sur cet univers occulte que l’enquêteur s’apprête à braquer les lumières de son enquête liée au meurtre ritualisé de l’une des grandes figures de Wall Street… »

Après la frénésie et la nervosité que j’avais ressenti à la lecture de Deadly Class, je crois que je n’étais pas forcément prête à enchaîner sur Black Monday Murders.
Le titre de Jonathan Hickman (East of West) m’est en effet un peu tombé des mains.

Il faut dire que la thématique est un petit peu obscure, un pléonasme lorsque l’on parle de magie noire, et mêle des genres qui ne vont pas forcément ensemble à priori. C’est ainsi que dans un même tome (de 240 pages) vous trouverez à la fois, du polar, de l’ésotérisme et… de la finance.
Hickman imagine ici, que l’argent est une force contrôlée par un démon « Mammon » (symbole de l’avarice dans Nouveau Testament) sous l’autorité duquel les grandes familles de la finance se sont regroupées dans une secte prête à tout (et surtout au pire) pour garder la mainmise sur cette force obscure.
C’est d’ailleurs, dans cette optique qu’elles sacrifient des innocent dans le but de conserver leur argent et donc leur pouvoir.
Basculant d’un genre à l’autre, à savoir d’une enquête classique à l’occulte, Hickman nous propose une vision très (très) noire du monde. En effet, ce premier tome, fort bien documenté historiquement parlant, ressemble beaucoup à un plaidoyer contre le monde un monde de la finance présenté comme cynique, cruel et surtout sans scrupule face aux dommages qu’il engendre. Il faut dire que lorsque l’on sait que les 1% les plus riches ont engrangé, l’année dernière 87% des richesses produites, on peut effectivement se poser des questions sur le fonctionnement de notre société.

Il n’en demeure pas moins que l’on a du mal à voir vers où le récit veut nous emmener et j’ai souvent eu l’impression qu’en terme de narration, et l’histoire n’avançait pas. Cela était d’ailleurs probablement renforcé par le fait que ce premier tome comporte beaucoup de flashback et d’artifices (présence d’extraits de journaux, de compte-rendu d’audition…) qui font que l’histoire fait pas mal d’aller et retours d’un point de vue temporel.
D’un point de vue graphique, Tomm Coker est au diapason de son scénariste et nous offre des planches très sombres et très encrées. Formellement celles-ci sont superbes mais un peu figées à mon goût, comme si l’on nous donnait à lire un roman photo. Il n’en demeure pas moins qu’elles habillent parfaitement l’ambiance glaciale du titre.

En conclusion, le premier tome de Black Monday Murders a eu des difficultés à me convaincre. Sa lenteur et le côté alambiqué de sa narration m’ont laissé de marbre pour le moment. Il n’en demeure pas moins qu’il est difficile de se faire un avis définitif sur un premier tome, surtout lorsque l’on connait le travail de Jonathan Hickman. Je vais donc garder un œil dessus en espérant une bonne surprise.

 

En bref

  • Scénario : Jonathan Hickman
  • Dessin :  Tomm Coker
  • Couleurs :Michael Garland
  • Traduction: Maxime Le Dain

Black Monday Murders est édité par Urban Comics. Il est disponible en version papier autour de 20€ ou  version numérique pour 4,99€.