Depuis pas mal de temps déjà, je lis de moins en moins de mangas. En effet l’âge aidant, j’ai du mal à me retrouver dans les séries à succès et j’avoue que la multitude de titres disponibles ainsi que mes bibliothèques pleines à craquer me découragent parfois de tenter de nouvelles expériences…

Toutefois, de temps en temps, je me retrouve avec une pépite entre les mains et cette fois-ci, cette pépite c’est la Cantine de Minuit.

Dans ce petit restaurant situé au fond d’une ruelle du quartier de Shinjuku, le patron vous accueille de minuit à sept heures du matin. La carte ne propose que du tonjiru, soupe de miso au porc, ainsi que du saké, mais selon vos envies, on vous préparera à la demande tout ce qu’on est en mesure de vous servir.

Titre issu de l’imagination de Yaro Abe, La Cantine de Minuit est édité chez nous par les éditions Le Lézard Noir (que je félicite pour cet excellent choix). Chaque tome d’environ 300 pages est disponible dans toutes les bonnes librairies pour environ 18€. À noter que la série comporte actuellement 6 tomes chez nous contre 22 au Japon.

La Cantine de Minuit c’est quoi? Et bien c’est un petit restaurant (que certains qualifieraient de rade ou de bouge) dans lequel autour d’un bon plat réconfortant, se déroulent les aventures somme toute banales de la d’une clientèle d’habitués vivant, pour une bonne partie, en marge de la société.
Son propriétaire, dont on ne sait pas grand chose en fait, possède un talent certain pour mettre les gens à l’aise et pour satisfaire une population variée qui vient finir sa soirée ou même sa nuit autour d’un plat pas forcément élaboré. En effet, il n’y a pas vraiment de carte, le propriétaire fera son maximum pour préparer ce dont le client a envie s’il a ce qu’il faut en cuisine.

L’occasion pour le lecteur que nous sommes découvrir tout un pan de la cuisine nippone, loin de l’image d’Épinal  que sont les sushis, ici nous avons plus à faire à la cuisine traditionnelle de tout les jours quitte à être surpris d’ailleurs. Certains clients se régalent, par exemple, de knackis découpés en forme de poulpe. C’est d’ailleurs dans ces volumes que j’ai découvert l’influence des ingrédients et plats occidentaux dans la cuisine nippone. Petite note aux lecteurs: je recommande ici de lire la Cantine de Minuit déjà rassasié car immanquablement le titre donne faim.

Authentiques aussi, semblent être les tranches de vie qui parsèment les chapitres (d’une dizaine de page chacun) de la Cantine de Minuit. La clientèle  est composée de personnages haut en couleurs qui, pourtant, le jour n’ont rien en commun ou si peu : Salarymen, Yakuza, Acteur Porno, tenancière de bar à escortes, strip-teaseuse… Et qui prennent plaisir à se retrouver pour  partager un bon plat…

C’est d’ailleurs l’un des maîtres mot du titre, le partage, le rapport à l’autre.

Il émane en fait de la Cantine de Minuit un vrai sentiment d’humanisme et même une sorte de douceur. Quant on connaît la dureté que peut revêtir la la société japonaise, c’est avec délice que l’on parcourt les pages de chaque volume. Jamais, Yaro Abe ne semble juger ses protagonistes qui évoluent, en grande partie à la marge de la société . A l’image par exemple de Mayumi gourmande éternellement au régime sur laquelle on pose un regard bienveillant même dans ses excès ou d’Hitomi la prostituée connue pour avoir dépucelé un nombre phénoménal de jeunes hommes…

Graphiquement le trait de Yaro Abe est simple presque pauvre. En tout cas, l’on pourrait comprendre qu’il rebute à première vue. Mais ce graphisme rudimentaire et finalement sans chichis, colle vraiment bien avec le propos et la vie de ses gens simples. Pour peu que l’on passe la 1ère impression, on plonge avec délice dans les récits de la cantine de minuit.

Au final, la Cantine de Minuit  s’impose, à mon sens, comme un incontournable de la scène Seinen. A mi-chemin entre le manga culinaire et le récit choral, la grande force de cette oeuvre est de mettre de le focus sur les petites gens, trop souvent exclus des productions classique. Le titre de Yaro Abe, permet de découvrir la société japonaise sous un autre angle et sincèrement cela fait du bien. Personnellement, si j’avais une Cantine de minuit près de chez moi, j’y serai je pense souvent…

A noter que, pour ceux que la dimension culinaire du titre intéresse particulièrement, la Cantine de Minuit a été déclinée en livre de recettes.
Vendu à plus de 7 millions d’exemplaires, elle a même été adaptée en films et en série TV et a reçu le prix Le Prix Asie de la Critique ACBD en 2017. Un must-have je vous dis!