Voilà c’est fini et comme souvent lorsque j’ai terminé un titre marquant, je me sens un peu « orpheline », une sorte de spleen post titre majeur.

Il y a quelques mois, j’avais déjà écrit sur ce blog, tout le bien que je pensais des deux premiers tomes de la série Kill or be Killed. Sachez que la suite est tout aussi bien si ce n’est mieux: les opus trois et quatre qui concluent la série, sont très bons et  permettent à Kill or be Killed de se placer directement comme un incontournable du moment. Cela n’est pas une mince réussite lorsque l’on a un peu conscience du pédigree de ses auteurs.

Si la première moitié de l’histoire se concentrait surtout sur la « prise de fonction » de Dylan dans ses activités de vigilante, la suite de ses aventures est bien plus centrée sur son état psychologique et son instabilité.

Perpétuellement sur la corde raide, Dylan bascule entre la réalité et son imaginaire, entre lucidité mordante et folie. J’ai trouvé particulièrement intéressant que la psyché de notre (anti) héros soit si bien décortiquée dans ces deux tomes. Ici elle n’est pas juste un prétexte à l’histoire Afin de pouvoir nous offrir un titre gratuitement violent.  Non ici la maladie mentale qui frappe Dylan est vraiment au cœur du propos des auteurs et je serai vraiment curieuse que des gens qui connaissent (mieux que moi) ces pathologies me fassent part de leur ressenti concernant la façon dont les difficultés de Dylan sont présentées. D’ailleurs il est presque ironique que le plus lucide, en quelque sorte, sur notre monde actuel et ses maux, soit celui qui soit le plus inadapté à vitre dans celui-ci.

Une chose que j’ai particulièrement appréciée dans Kill or be Killed, c’est son incroyable cohérence. Derrière une apparence chaotique renforcée par une narration non-linéaire (temporellement parlant), les auteurs nous offrent un titre mordant et sans concession sur notre société « moderne ». Je ne sais pas si les positions de Dylan reflètent vraiment celles de Brubaker mais dans ce cas, j’aurai tendance à penser que ce dernier n’a pas exactement une vision optimiste de notre monde actuel (vision que je partage pour ma part).

Quoiqu’il en la série dans sa globalité et ces deux tomes particulièrement, est une remarquable réussite jusque dans sa conclusion à tiroirs. Car oui la série est conclue est de fort belle manière, j’en suis d’autant plus ravie qu’il est assez fréquent d’être déçu par la fin d’un titre (surtout lorsqu’il est à rallonge). Ici l’œuvre est maitrisée de bout en bout et ne nous laisse pas sur notre faim tout en nous permettant une libre interprétation des derniers chapitres.

Graphiquement, et j’ai l’impression de me répéter, c’est toujours aussi maitrisé. Les deux compères se connaissent et se complètent fort bien. Si le style est assez proche de celui de Criminal, je trouve que les expressions faciales des personnages sont encore plus réussies.

Bref, Kill or be Killed est bien plus qu’un titre violent, c’est une série définitivement noire, intense dont vous ne sortiez pas forcément indemne. Je vous parie quand même que vous serez ravie de l’avoir lue et qu’elle vous marquera un moment. Un indispensable tout simplement.

En bref

  • Scénario : Ed Brubaker
  • Dessin : Sean Phillips
  • Editeur: Delcourt Comics

Kill or be Killed est disponible en version papier tout comme en édition numérique chez Izneo