Il y a des films qui prennent des risques et des films qui sortent tout prêts calibrés pour entrer dans la course aux oscars. Le majordome fait clairement partie de cette deuxième catégorie.

Précédé de la réputation selon laquelle le film de Lee Daniels aurait mis la larme à l’oeil du président des Etats-Unis « himself », c’est donc avec une curiosité certaine que je suis allée m’enfermer pendant 2h10 dans une salle obscure pour, au final, me trouver plutôt mitigée devant un long métrage à la réalisation bien trop académique pour être touchant.

Réalisé par Lee Daniels (Precious, Paperboy) ce qui déjà à la base aurait dû me mettre la puce à l’oreille, le Majordome est un biopic fictif (mais inspiré de la vie bien réelle d’Eugene Allen) sur le destin d’un majordome noir (on s’en doutait un peu) qui aura servi tout au long de sa carrière pas moins de 7 présidents différents et ce, pendant la délicate période de la difficile lutte des afro-américains pour leurs droits civils.

Le Majordome 7

 

« Le jeune Cecil Gaines, en quête d’un avenir meilleur, fuit, en 1926, le Sud des États-Unis, en proie à la tyrannie ségrégationniste. Tout en devenant un homme, il acquiert les compétences inestimables qui lui permettent d’atteindre une fonction très convoitée : majordome de la Maison-Blanche. C’est là que Cecil devient, durant sept présidences, un témoin privilégié de son temps et des tractations qui ont lieu au sein du Bureau Ovale.

À la maison, sa femme, Gloria, élève leurs deux fils, et la famille jouit d’une existence confortable grâce au poste de Cecil. Pourtant, son engagement suscite des tensions dans son couple : Gloria s’éloigne de lui et les disputes avec l’un de ses fils, particulièrement anticonformiste, sont incessantes.

Le Majordome 4

À travers le regard de Cecil Gaines, le film retrace l’évolution de la vie politique américaine et des relations entre communautés. De l’assassinat du président Kennedy et de Martin Luther King au mouvement des « Black Panthers », de la guerre du Vietnam au scandale du Watergate, Cecil vit ces événements de l’intérieur, mais aussi en père de famille… »

Dès les premières minutes, le ton est donné, le Majordome ne fera pas dans la subtilité on est dans le pathos pur et dur, l’émotion est suscitée à coups de grands drames et d’injustices flagrantes… Bref aucun effet démonstratif lourdingue ne nous sera épargné histoire d’être bien certain que l’on sorte les kleenex à un moment ou à un autre du film.

Sincèrement, les sujets développés dans le Majordome auraient pu être passionnants, malheureusement la réalisation un peu lourdingue , Lee Daniels ne fait à mon sens qu’effleurer son sujet en nous proposant une succession d’instantanés sur l’histoire des Etats-Unis sans forcément aller au fond des choses. Cela donne un résultat pas forcément déplaisant mais clairement convenu qui use et abuse des poncifs sur la lutte des populations afro-américaines pour mettre fin à la ségrégation et voir ses droits reconnus.

Le Majordome 2

Trop binaire, le Majordome devient en fait  vite un plaidoyer assez creux en faveur des droits des noirs dont le seul enjeu dramatique est finalement la relation chaotique entre un fils qui lutte pour ses convictions et un père travailleur mais « à priori » plus passif. On passe donc d’un évènement à un autre avec la désagréable impression d’assister à une succession de scénettes déconnectées les une des autres avec en toile de fond les performances de moult guest stars (Robin Williams ou Lenny Kravitz en tête) qui, sentant le bon filon pour un film à oscars, sont venues faire leur petite apparition sans forcément trop d’imagination.

Tout n’est pourtant pas à jeter dans « Le Majordome » et j’ai même été très agréablement surprise par la prestation des acteurs Forest Whitaker et d’Oprah Winfrey en tête. J’avais d’ailleurs oublié à quelle point la prestation de cette dernière dans la Couleur Pourpre était exceptionnelle.

Vous l’aurez compris, sur le papier le Majordome m’avait vendu du rêve mais au final, si le long-métrage n’est pas inintéressant sur le fond, sa forme, beaucoup  trop classique a éteint mon enthousiasme. Il n’en demeure pas moins que son sujet, propre à émouvoir le grand public en fait clairement un candidat sérieux pour quelques oscars.