C’est presque devenu une tradition tant Ubisoft a su installer la licence dans l’imaginaire collectif des joueurs, fin d’année rime avec une nouvelle cuvée non pas de Beaujolais nouveau (enfin si aussi) mais d’Assassin’s Creed. Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette année les joueurs sont gâtés puisque ce n’est pas un mais deux épisodes qui sortent simultanément l’un sur console de salon et l’un sur console portable mais pas toutes les consoles portables : la plus puissante du marché ! (Et la moins vendue) la PS Vita.

Pour ma part j’ai pris les deux épisodes (enfin l’un m’a été gentiment offert par Bababaloo que je remercie au passage) qui ont la particularité de se dérouler tous les deux en Amérique à l’époque de la guerre d’indépendance c’est-à-dire un peu avant notre révolution française. Les héros respectifs des deux versions Connor et Aveline sont contemporains l’un de l’autre. Pour le reste, et c’est une bonne chose, le titre n’est pas un simple portage de la version console de salon (l’écart eut été trop notable), mais un véritable épisode à part entière qui propose au joueur d’incarner, pour la première fois dans la série, une femme : la mulâtresse Aveline (oui ce mot est très laid…) née d’un père riche commerçant blanc et d’une mère esclave affranchie noire.

Développé par Ubisoft Sofia, cet Assassin’s Creed III : Liberation, prend  place à la nouvelle Orléans qui, cédée aux espagnols est en proie à une certaine instabilité politique, instabilité à laquelle nos amis les templiers, si chers à l’univers d’Assassin’s Creed ne sont bien sur pas étrangers. Au milieu de tout cela, vous incarnez Aveline, jeune femme forte et courageuse formée à devenir un membre loyal et efficace de la secte des Assassins et dont l’enquête sur la disparition soudaine et inquiétante d’esclaves va la mener de découvertes en découvertes aussi bien quant aux menaces qui pèsent sur son territoire que sur elle-même. Il est à noter que cet Assassin’s Creed III : Liberation possède une place à part dans la chronologie de la série puisqu’il n’est pas directement lié aux autres épisodes et au destin de Desmond. Plus précisément, le présupposé du titre est que les aventures d’Aveline ne sont qu’un simple prétexte à un jeu proposé à ses clients par un Absertgo désireux de démocratiser l’expérience de l’Animus. Amateurs de méta-histoire vous risquez donc d’être déçus car le titre se concentre exclusivement sur Aveline et sa quête de vérité.

 Avec cet épisode sur PS Vita, on nous promettait « enfin un véritable Assassin’s Creed sur console portable » et force est de constater que de ce point de vue la le pari est tenu mais pas sans sacrifices : le monde bien qu’ « ouvert » est plutôt petit et on en a vite fait le tour. Par contre, coté gameplay; les sensations sont bel et bien présentes et à l’instar d’un Altair ou d’un Ezio, Aveline fait preuve d’une belle agilité. Certains passages comme les sauts d’arbres en arbres dans le Bayou sont même proprement enivrants. Lorsqu’il s’agit de se battre, la belle n’est pas non plus en reste, et saura infliger de belles corrections à ses adversaires grâce à un arsenal d’armes plutôt fourni : machette, épée, sarbacane, fouet et bien sur la fameuse lame secrète si chère a la série… permettent à Aveline de se sortir des situations les plus compliquées. D’ailleurs sur ce point la sélection des armes via l’écran tactile s’avère souple et bien pratique.

Graphiquement, il faut reconnaitre qu’Assassin’s Creed III : Liberation n’est pas le plus beau des jeux sortis sur PS Vita. Le résultat n’est pas catastrophique mais on pouvait espérer mieux. Le jeu pâtit notamment d’un framerate, très aléatoire et qui a tendance à baisser furieusement à la Nouvelle Orléans mais aussi d’ environnements un peu ternes, particulièrement dans le Bayou. Il en ressort un résultat inégal qui, s’il ne rebute pas, ne met pas vraiment une claque non plus.

Néanmoins, on est loin du ratage des précédents épisodes DS mais surtout PSP et cette fois Ubisoft a su nous proposer un vrai Assassin’s Creed digne de ce nom qui, même s’il n’a pas l’envergure des épisodes sortis sur console de salon (et je n’ai pas encore commencé Assassin’s Creed III) n’est pas dénué de qualités et des bonnes idées.

Par exemple, l’introduction de la sarbacane et du fouet qui se révèlent être des alliés pratiques et efficaces, la première pour tuer ses adversaires en toute discrétion et le second aussi bien pour franchir certains passages un peu difficiles à négocier que pour déstabiliser les ennemis avant de les achever d’un coup d’épée (ou de machette) bien sentie.

Autre feature sympathique est la possibilité de lancer des combos dévastatrices juste en sélectionnant les adversaires via l’écran tactile ce qui permet d’admirer les capacités de guerrière d’Aveline. C’est certes gadget (et encore…) mais quand même rudement jouissif.

 Enfin, et c’est la le dernier ajout « majeur » du titre, si vous vous sentez l’âme d’un commerçant, vous pourrez reprendre l’entreprise familiale et faire du négoce avec les ports du monde entier, augmentant, par la même les profits de votre héroïne (parfois du simple au double) et ainsi acquérir de nouveaux équipements et/ou objets divers. Cela ne révolutionne pas le jeu, mais l’ajout est sympathique et l’on se surprend à repasser régulièrement au QG des Assassins pour voir où en sont nos marchandises (et quand arriveront les prochains bénéfices)

 Si vous arrêtez la, la lecture de ce (long) post, vous risquez de vous jeter sur cet AC et là je vous arrête tout de suite car sans dénier au jeu des qualités certaines, il je dois nuancer mon propos.

 En effet, on ne peut pas reprocher à Ubisoft Sofia d’avoir essayé d’introduire quelques nouveautés dans cet épisode. Certaines, exposées ci-dessus, sont plutôt heureuses mais d’autres s’apparentent plus à de fausses bonnes idées.

Je m’explique avec deux exemples parmi d’autres. Tout d’abord, les différentes tenues d’Aveline. Notre héroïne, outre sa tenue d’assassin, peut se « déguiser », en femme du monde ou en esclave et ainsi passer, plus facilement inaperçue lors de certaines missions qui requièrent plus de discrétion que d’action. Si à l’origine cela pouvait amener un peu de variété dans la façon d’appréhender les missions, en pratique, cette possibilité de changement de tenue est au mieux gadget au pire raté. On comprend tout à fait l’intérêt que peut revêtir la possibilité pour Aveline de changer d’apparence mais pourquoi attribuer des capacités « spécifiques » à chacune d’elle ? Ce n’est pas cohérent car cela suppose que les compétences d’Aveline dépendent de sa tenue ce qui n’est pas le cas… En somme, lorsqu’elle est trop « apprêtée», trop « fille », Aveline ne sait plus grimper…. Mais par contre, elle sait séduire les gardes… Moué…

Par ailleurs, autre incohérence, les actions pour réduire la notoriété de son personnage sont différentes d’une apparence à l’autre : il faut donc, pour rester discret, assassiner les témoins en dame, arracher les avis de recherche en esclave,ou soudoyer les magistrats lorsque l’on est en tenue d’assassin… Bancal, vous avez dit bancal ?

 Autre exemple de ces petites approximations du titre, le décodage des lettres que vous trouvez ici et là au cours de votre quête et qui nécessite que vous approchiez l’appareil photo de votre Vita d’une source lumineuse. Cela pourrait être amusant si le système était bien calibré… Or ce n’est pas le cas, du coup ces phases accessoires deviennent vite pénibles… Je vous donne donc la solution pour éviter, comme moi, de vous arracher les cheveux : posez la console sur une table (de sorte à cacher l’appareil photo) et relevez là. La luminosité naturelle vous débloquera sans aucun problème.

Enfin, comment parler, d’Assassin’s Creed : Liberation sans parler de ses bugs ? Ce n’est tout bonnement pas possible. J’avais lu ici et là que des bugs étaient perceptibles mais pour ce qui me concerne, ça a été un vrai festival : bugs de collisions, ennemis qui se baladent sur l’eau ou dans les murs des bâtiments, Aveline qui traverse les escaliers ou encore assassinats impossibles à réaliser… rien ne m’aura été épargné et j’avoue que par moment garder sa patience devant un jeu avec un tel manque de finalisation fait travailler la zénitude. C’est dommage car sans ces bugs, le jeu est plaisant à parcourir.

 Au final, s’il ne s’était pas dénommé Liberation, cette itération de la série AC sur portable aurait pu tout aussi bien s’appeler AC III: Frustration. Frustration car si le jeu n’est pas mauvais (il est même plutôt bon, en tout cas assez pour que je ne lâche pas en cours de route), il est clair qu’avec plus de temps, il aurait pu avoir une toute autre envergure et être bien plus que le produit que nous propose aujourd’hui Ubisoft Sofia.

 En effet, si l’on excepte une finition douteuse, on sent que du point de vue de son scénario (intéressant mais un peu brouillon) ou de ses graphismes il y avait matière à faire plus grand, plus fort et à vraiment créer un titre d’exception sur la portable de Sony. Il est donc dommage que l’on ressorte du jeu en ayant l’impression que le titre a été « bâclé » pour correspondre à un calendrier intenable.