Selon Michelin qui lui a donné  trois étoiles dans son fameux guide il s’agit là du meilleur restaurant de sushis au monde. Ce restaurant c’est le Sukibayashi Jiro, un endroit qui ne paye pas de mine installé dans la station de métro de Ginza, à Tokyo, et qui se limite à  10 couverts tous réunis autour d’un bar.

Si vous souhaitez découvrir les sushis de Jiro et de son équipe, il vous en coûtera pas moins de 300€ et  vous devrez accepter les règles du restaurant: pas d’entrée, pas de choix dans le menu, pas de dessert… Les réservations doivent se faire des mois à l’avance et il se peut que le plaisir soit certes intense mais également bref car le repas peut ne durer que 15 minutes si vous mangez rapidement.

En conséquence, le restaurant de Jiro réunit probablement tous les éléments pour rebuter les curieux, il n’en demeure pas moins que le documentaire  de David Gelb l’enseigne et surtout sur son incroyable propriétaire: Jiro Ono, m’a donné furieusement envie d’économiser et de découvrir le menu du  Sukibayashi Jiro.

 Jiro dreams of sushi

Jiro Ono est un « petit bonhomme » de 85 ans qui ne paye pas de mine mais dont la qualité du travail et son obsession de la perfection a fait de lui l’un des chefs les plus renommés du Japon et mondialement reconnu. Le documentaire suit cet homme dans son quotidien et nous entraine dans le microcosme de son restaurant où il évolue avec son fils Yoshikazu et ses apprentis (il faut compter 10 années pour recevoir l’enseignement de Jiro).

Au centre du documentaire il y a le sushi, ce plat à la fois affreusement simple et terriblement compliqué qui demande des années de pratique et de connaissance des codes de sa préparation pour être maitrisé (si tant est qu’il le puisse), et il y a ces hommes à la recherche des meilleurs produits et des meilleures techniques de préparation pour offrir à leur client l’expérience culinaire la plus aboutie qui soit.

Jiro dreams of sushi 3

A la fois splendide lorsqu’il s’agit de présenter les sushis de Jiro qui sont, il faut bien le reconnaître de véritables bijoux, le documentaire est également doux-amer notamment lorsqu’il nous présente la relation complexe du maître avec ses fils (bizarrement l’épouse de Jiro est totalement occultée du documentaire) et tout particulièrement avec son fils aîné Yoshikazu à qui le vieil homme a pour le moins forcé la main pour qu’il vienne travailler dans son restaurant. Or le talent et la renommée du père sont des poids bien lourds pour le fils appelé à reprendre l’affaire un jour et à qui Jiro laisse, même sans le vouloir, assez peu de place pour s’exprimer. De tout cela,  Yoshikazu est bien conscient et l’on sent dans ses expressions toute la difficulté que représente pour lui le fait de devoir succéder un jour à son père.

Si vous aimez la cuisine en général et les sushis en particulier ce documentaire vous fera rêver mais il est plus que cela. Car à travers le discours de Jiro, David Gelb nous interroge également sur notre relation à notre travail et notre implication dans notre passion, ce qui, dans une société de plus en plus matérialiste et individualiste ne manque pas d’avoir un certain écho. Malheureusement épuisé en Blu-ray, le film est toujours trouvable en DVD. Néanmoins, pour l’apprécier, il est indispensable de comprendre le japonais ou l’anglais.